Lancement de la revue Dynamiques Territoriales
Chers lecteurs et lectrices,
Nous sommes ravis de vous présenter le premier numéro de Dynamiques Territoriales, une revue scientifique dédiée à l’avancement et à la diffusion des connaissances en géographie. Initiée par le tout nouveau programme de doctorat en géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cette publication en accès libre et en langue française vise à explorer les rapports complexes qu’entretiennent les individus, les collectivités et les organisations vis-à-vis de leur territoire.
Le lancement de cette revue s’inscrit dans la volonté du département de géographie de mettre de l’avant une vision « holistique » et intégrée de la géographie, en favorisant le dialogue entre les grands piliers qui composent cette science (géographie humaine, physique, et information géographique) et en promouvant une perspective multiscalaire, heuristique et prospective sur les enjeux qui affectent nos milieux de vie. Notre souhait est que la revue contribue à mieux comprendre les grands enjeux et défis socio-territoriaux posés par le processus de transformation en cours sur notre planète, autant sur les plans écologique que sociétal, et qu’elle apporte une contribution à l’avancement des connaissances en géographie francophone, en s’intéressant plus particulièrement aux rapports suivants :
- Rapports Humain/Nature : soit les interactions bidirectionnelles et interactionnelles entre les sociétés humaines et les milieux naturels, en favorisant des milieux de vie en santé et équitables, ce qui interpelle la biodiversité, l’analyse des risques, l’adaptation aux changements climatiques et une mise en valeur des ressources respectueuse de leur viabilité environnementale et sociale.
- Rapports Espace/Société : soit les relations qu’une société entretient avec son territoire, abordant des sujets comme la gouvernance territoriale, les inégalités et fractures socio-territoriales et les modèles d’action et d’innovation en développement des territoires, et ce dans une perspective de justice sociale.
- Rapports Territoire/Culture : soit les liens qui existent entre les individus ou les groupes culturels et leur territoire, explorant des aspects tels que l’identité, le sentiment d’appartenance, le patrimoine, les modes d’habiter et les nouvelles utopies territoriales, favorisant ainsi la capacité des collectivités à agir pour le bien commun.
Ce premier numéro est consacré, en primeur, à la première cohorte d’étudiantes et d’étudiants au doctorat en géographie à l’UQAM, et plus particulièrement aux travaux réalisés par celle-ci dans le cours GEO 9001 Dynamiques Territoriales à l’automne 2025. La préparation de ce numéro a donc constitué une occasion unique pour chacune et chacun d’entre elles-eux de poser les premiers jalons de la problématique géographique abordée dans le cadre de leur thèse. À l’avenir, la revue Dynamiques Territoriales s’ouvrira à toute contribution interne ou externe à notre institution s’inscrivant dans une vision holistique de la géographie et visant l’étude des transformations territoriales en cours et à venir.
Un bon exemple de cette vision holistique est incarné par la contribution de Caroline Dufresne. Son article retrace l’émergence du concept de biorégion et l’évolution du biorégionalisme, un mouvement politique autonomiste né à la fin des années 1960 sur la côte ouest des États-Unis. La biorégion propose une redéfinition des territoires basée sur des caractéristiques biogéographiques et des récits collectifs, tandis que le biorégionalisme prône une autonomie territoriale en harmonie avec les écosystèmes locaux. Malgré certaines limites, ces concepts offrent un potentiel significatif pour les communautés visant un développement durable et une réappropriation de leur autonomie territoriale.
Dans son article, Étienne Gariépy-Girouard explore, quant à lui, la pertinence de la géographie à l’ère de l’Anthropocène en étudiant les géosystèmes fluviaux, notamment la rivière de sable Saint-Augustin – Pakua Shipu. Il propose le concept de trajectoires socio-géomorphologiques pour analyser les interactions entre processus hydro-géomorphologiques et socioculturels dans l’évolution des cours d’eau. L’auteur souligne l’importance d’une approche critique et collaborative avec les communautés locales pour comprendre et gérer les transformations fluviales. Cette perspective holistique vise à renouveler les pratiques géographiques pour mieux appréhender les dynamiques territoriales contemporaines.
Une autre article, celui de Vanessa Hector, aborde la question de l’Anthropocène, mais dans un contexte différent. En effet, l’autrice explore le rôle des pratiques artistiques dans la compréhension et la réponse aux défis de l’Anthropocène. Elle soutient que l’art, en mobilisant l’imagination des individus et des collectivités, permet de questionner les paradigmes dominants et de créer de nouvelles relations avec le vivant et les territoires. Ces pratiques artistiques favorisent une conscience critique des crises environnementales et stimulent la créativité nécessaire à la transition écologique. Ainsi, l’art contribue à une nouvelle écologie sociale et culturelle, essentielle pour habiter l’Anthropocène de manière durable.
L’article de Youcef Hamani souligne l’importance d’une approche multi-aléas pour évaluer les vulnérabilités territoriales et les effets des risques climatiques sur la santé, en se concentrant sur la ville de Gatineau. Il propose des solutions basées sur la nature, telles que la gestion des eaux pluviales par des infrastructures vertes et la création d’espaces verts pour atténuer les îlots de chaleur. L’objectif est de renforcer la résilience urbaine et d’orienter les décideurs locaux dans l’élaboration de plans d’aménagement intégrant les scénarios climatiques. Cette étude offre un cadre analytique pour des réponses adaptées aux défis climatiques croissants.
D’un point de vue complémentaire et plus conceptuel, l’article de Jana Schluenss et Jérôme Dupras examine comment les notions de services écosystémiques (SE) et de contributions de la nature aux populations (NCP) peuvent aider à relever les défis de durabilité liés à la biodiversité, au climat et aux inégalités. Le texte compare la capacité respective de ces concepts à diagnostiquer la complexité socio-territoriale et à transformer les pratiques de gestion des territoires. Il est constaté que les SE et NCP englobent une diversité de définitions et usages. Quatre recommandations sont proposées pour renforcer leur mobilisation en recherche, incluant la clarté conceptuelle et l’engagement avec les parties prenantes.
Toujours dans ce premier numéro, Sophie Séguin-Lamarche s’interroge sur comment les perceptions des risques climatiques, influencées par des facteurs sociaux, culturels et politiques, façonnent la mobilisation citoyenne et l’élaboration des politiques publiques. Ces perceptions, parfois en décalage avec les analyses scientifiques, orientent les décisions politiques qui transforment les territoires, modifiant ainsi les vulnérabilités et accentuant les inégalités. L’auteure souligne l’importance d’intégrer les spécificités locales et la participation communautaire pour renforcer la résilience territoriale face aux changements climatiques. Elle propose une approche systémique et intégrative, tenant compte des interactions dynamiques entre citoyens, territoires et institutions, afin de guider les politiques publiques équitables et durables.
Sur un registre similaire, analysant les rapports sociaux en regard du territoire, l’article de Charlotte Siles analyse la dépolitisation de l’espace public en examinant les rapports de force entre mouvements sociaux et autorités. S’appuyant sur une conceptualisation de la ville néolibérale, l’auteure démontre que l’espace public, loin d’être neutre, est façonné par des dynamiques de pouvoir. Elle propose une étude comparative entre Rennes et Montréal pour illustrer ces tensions. L’article souligne l’importance d’intégrer l’espace comme catégorie d’analyse pour mieux comprendre les conflits sociaux contemporains.
Enfin, l’article de Mahjouba Akartit examine le rôle de la culture de proximité dans la revitalisation et la gentrification du quartier Verdun à Montréal. Depuis sa désignation comme quartier culturel en 2019, Verdun est devenu plus attractif, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’éviction de certaines populations due à la gentrification. L’auteure analyse comment la participation citoyenne, via des initiatives culturelles locales, peut atténuer ces effets négatifs et favoriser un développement inclusif et équitable.
Il s’agit donc, pour ce premier numéro, d’un éventail de la recherche qui se fait au département de géographie de l’UQAM. Bien sûr d’autres exemples suivront dans les prochains numéros de Dynamiques Territoriales, et le public pourra alors trouver autant études inspirées de cette vision rafraichissante et pertinente de la géographie.
En espérant que vous prendrez plaisir à la lecture de ce premier numéro
Etienne Boucher
Juan-Luis Klein
Éditeurs associés de la revue Dynamiques Territoriales
Professeurs au département de géographie de l’UQAM